Reflexions sur le cinéma

Vendredi 23 septembre 2005
 Les jambes encore engourdis par six kilomètres à vélo mais le cerveau parfaitement opérationnel je décide de visionner « L'homme qui en savait trop » de sir Hitchcock. Je ne vais pas vous faire un résumé ou une fiche sur ce film, car je n'en ai pas l'envie. Ceci dit je l'ai adoré. Il y a une telle présence dramatique, autant par l'esthétique que par l'histoire qui encore une fois, quand il s'agit d'Hitchcock, nous entretient dans une constante tension. Seulement, après avoir vu ce film, je me suis posé la question du traitement de la même histoire par un autre réalisateur, peut être moins talentueux ou moins inspiré. Qu'en aurait il été? J'aurai aimé pouvoir développé sur la quesion mais vu qu'il y a déjà eu une version précédant celle d'Hitchcock et ne l'ayant pas vu, je me dois d'arrêter là.


Peu importe, car cette simple interrogation m'a conduit à réfléchir sur ce qui faisait la différence entre un chef d'oeuvre et un excellent film. Quels sont les éléments qui établiront leurs différences? Un excellent film peut être doté d'une narration aussi talentueuse que le chef d'oeuvre et ce dernier peut même être plus bancal tant au niveau de la structure du scénario que de la mise en scène. Cela ne tient pas de la structure, cela ne tient pas non plus de l'esthétique pure et formelle qui répondrait à des critères de normalisation. Au delà de tout ca, je dis bien au delà car c'est ce qui transcende à la fois le fond et la forme, il y a le réalisateur et plus que tout... sa conscience cinematographique.

Sans trop m'étendre, c'est ce qui fait également la différence entre cinéma de divertissement préfabriqué (façon meubles conforama) et cinéma d'auteur (il y aussi les auteurs qui font du divertissement). Spielbierg par exemple, (qui prétend à la fois faire du divertissement et être un auteur « à messages ») et qui a vendu son âme à Dieu Dollar ne fait pas de cinéma d'auteur mais du mauvais divertissement auquel il accorde une prétention dangereuse qui n'a pas lieu d'être. American Pie, aussi bouseux soit ce film n'en reste pas moins un bon divertissement (sans morale je crois) et qui ne répond à aucun critère de « recherche cinématographique ». Je ne vais pas établir d'élite car cela n'a aucun sens, je voulais simplement éclaircir ce qui pour moi fait la différence entre ce que l'on mal-nomme « cinéma d'auteur » et cinéma préfabriqué ou produit commercial.


Comme je le disais plus haut, ce qui fait la différence est la conscience cinématographique (ce n'est pas un grand mot), il s'agit simplement pour un réalisateur de faire concrêtement corps et âme avec son oeuvre. C'est lui qui pense, et qui vit ses émotions, ses sentiments, ses doutes, ses envies, ses faiblesses... bref, tout ce qui fait qu'il s'agit là d'un homme. Et de sa nature d'homme il va tirer le pouvoir nécessaire à la création.

 Stalker de Andrei tarkovski

Tout comme le peintre peint avec son pinceau, le realisateur peint avec sa caméra. Tout comme l'écrivain écrit avec sa plume, le réalisateur écrit avec sa caméra etc. etc. Seulement à partir de ce moment et pas avant, l'auteur fait du cinéma. Tout le reste n'est qu'une déviation de l'art originel cinématographique. Besson n'a pas fait longtemps du cinéma, Spielberg ne fait plus (depuis presque toujours) de cinéma. Je ne vais pas réinventer la langue française et proposer un mot désignant l'auteur en association avec l'action directe de son art... l'écrivain écrit, le peintre peint, le chanteur chante et le réalisateur filme... Ce n'est pas grave en soit mais cela souligne bien un certain malaise lorsque l'on compare le cinéma et les autres arts.

Sans sondage ifop à l'appui j'ai la conviction que le cinéma n'a pas la place qu'à les autres arts dans l'inconscient populaire. Demandez par exemple à presque n'importe qui (je garde espoir) s'il considère les romans « chair de poule » (blague mise à part) comme de la Littérature. Peu de gens à mon avis. Demandez aussi s'il considère toute illustration publicitaire répondant aux principes de la peinture comme de la Peinture. Avec un peu de bon sens j'en doute encore. Maintenant demandez lui pour finir, s'il pense voir du Cinéma devant le dernier film Pokemon ou devant la dernière comédie americaine (genre trois puceaux en chaleur à la recherche d'une nana)... oui.

On sait habituellement différencier les Arts, des divertissements, excepté pour le cinéma dans lequel on regoupe tout. Soit on le considère comme un art majeur et on lui rend tout sa legitimité de se démarquer du reste de la production, soit on le mèle éternellement, au grand dam de la culture, à toute la bouillie commerciale qui ne fait que prendre de l'ampleur. Les dépenses publiques pourront ainsi, peut être, devenir plus cohérentes. Car dans toute cette affaire bien que les salles de cinéma d'Arts et d'Essais représente cette petite exclusivité, est ce bien suffisant au milieu de ce magma qu'est l'industrie cinématographique? J'en doute.

Le peintre Edvard Munch


Me serais je égaré dans mon propos? N'ayez crainte...

Que le réalisateur sache qu'il fait véritablement du cinéma n'est guère important à condition qu'il oublie toute prétention lié à son travail. Et cette conscience cinématographique alors, qu'en est-il? Outre ce que j'ai expliqué précédemment, il y a un rapport plus physique, qui peut être perçu de façon intuitive par le réalisateur, un envoutement mystique au service de son travail. C'est ce que j'appellerai la circulation des trois pôles.

Un film est un outil de dialogue entre le réalisateur, le public et les acteurs. Le réalisateur doit sans cesse se rappeller qu'il s'adresse à un public et qu'il à pour ça des outils à disposition. Tout d'abord, la caméra, doit être perçu comme un prolongement de la main, un prolongement de l'âme du créateur. Il y a un sens moral dans tout mouvement de caméra, le réalisateur est derrière, plus que la contrôler il s'agit de lui même, ainsi, pour extrapoler on pourrait parler de danse cinématographique où le pouvoir de la caméra permettrait au spectateur de se trouver à la place même du danseur. A la différence près, c'est ce qui fait aussi toute la richesse et la complexité du cinéma, au délà de la « sensation » d'une danse cinématographique, les acteurs sont présents pour être filmés. Ce sont eux qui font l'histoire, qui la transmettent au public et sont animés d'une autre énergie à la fois dépendante du réalisateur dans le sens où ils se trouvent sous son contrôle et à la fois indépendante puisque tout comme la réalisation, le jeu d'acteur est en art qu'on ne peut totalement saisir et est propre à chaque individu. Pourquoi d'ailleurs parler de jeu? Soit on vit, soit on joue dans un film, le problème est le même dans les deux cas, il est question de l'individu.

L'incomparable jeu d'acteur d'Emil Jannings dans "Le dernier des hommes" de Murnau

 

Pour résumer, le réalisateur s'adresse au public à travers la caméra (à l'image du pinceau) et avec des acteurs fantasques (à l'image de la peinture sur le pinceau). Les acteurs eux, s'adressent directement (cf: Godard) ou indirectement au spectateur, à travers l'histoire. Le spectateur, lui, ne se contente pas d'une réception passive et se nourrit du film qu'il visionne pour effectuer un travail de retrospection. Il y a alors dialogue à la fois entre le spectateur, l'acteur et le réalisateur. Il y a Cinéma.

Tout chef d'oeuvre n'enfreint aucune de ces règles, absolument aucune. L'excellent film, malgré sa réussite technique ne peut être considéré comme un chef d'oeuvre lorsque le dialogue ne passe pas entre l'un des pôles, un auteur malcompris (hum...), un spectateur passif est sans doute la pire chose qui puisse arriver à un film ou un jeu d'acteur qui ne respire par aucune énergie et qui ne transmet rien.


Bien sûr, tout cela est une vision théorique du cinéma, presque scientifique. On sait si tel film est un chef d'oeuvre ou ne l'est pas à notre intuition, à notre sentiment face à celui ci. Malgré tout, certaines règles ne trompent pas et s'imposent à mon sens comme essentielles à qui veut faire du cinéma.


Fabiuslegitimus

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Mercredi 28 septembre 2005

"Si vous n'aimez pas la mer, si vous n'aimez pas la montagne, si vous n'aimez pas la ville, allez vous faire foutre" Belmondo dans "A bout de souffle" de Godard qui fut un de ceux à révolutionner le montage notamment en faisant se succéder des plans identiques, d'où l'impression d'un montage "saccadé"

 

Avant de m'interesser de près au cinéma, lorsque celui ci m'était représenté uniquement par les différents produits divertissants qui passent au Gaumont je le considérais comme un tout, inconscient de ce que peut être un film dans toute sa construction. Je concevais le cinéma comme une histoire transposée à l'écran avec une caméra qui prenait son sens avec divers effets ni plus ni moins. Cette conception amateuriste n'allait pas me pousser à visionner quelques chefs d'oeuvres du cinéma muet par exemple, le noir et blanc se présentait à moi comme un produit dépassé sans intérêt ou presque, puisque j'appreciai tout de même Don Camillo mais en tant que pièce de notre patrimoine comme on regarderait un De Funes le soir en famille dans le canapé. Ce n'est pas grave en soi, toujours est il que lentement, en m'en faisant une passion, j'ai découvert ce qu'était réellement le cinéma. Je dirais même, au contraire, que c'est mon goût pour la sensibilité (parce que je suis un être sensible en tout point et même un peu exceptionnel parfois) qui m'a permis dans la découverte de chefs d'oeuvres de me faire du cinéma une passion. Une fois passé ce cap, j'ai pu approché et comprendre en quoi le cinéma pouvait être rangé en tant qu'Art au même titre que la peinture et la littérature dont il s'inspire généreusement. A ce propos, j'ai pu vaguement apporter quelques éléments de réponses dans un article précédent (« Mystique du cinéma » carrément...), notamment sur le rapport public, acteurs, réalisateur et la sensibilité de ce dernier, une caméra entre les mains.


La sensibilité, au même titre que la peinture ou la littérature. Mais le cinéma est doté d'un autre principe autrement plus complexe et qui dépasse les similitudes de création qu'il peut y avoir entre l'art d'écrire et de peindre, celui de la construction. La richesse du cinéma vient essentiellement de là. La pellicule, support ultime de l'image, du mouvement, du son et de la narration. Seulement, on ne les superpose pas comme on écrirait sur une toile ou comme on associerait une valse à une peinture de Degas. Pour cela, l'histoire du cinéma montre comme il a su évolué en se batissant des moyens de mise en oeuvre où le centre de la création reste néanmoins l'image et la narration. Les premières visions, étriquées, du cinéma furent celles des tableaux, où l'on se contentait de filmer une scène fermé par les bords du cadre dans lequel on entassait les éléments comme l'aurait fait classiquement un peintre de composition. Les résultats furent baroques et illisibles. Puis on eu l'idée d'enchainer ces plans, où chacun représentait une scène et un lieu différent. L'art du montage montrait le bout de son nez. Méliès et griffith; conscients de pouvoir donner une toute autre forme narrative au film furent les premiers à monter divers plans successifs en un même lieu au profit de l'action des personnages. Ainsi, on avait détruit la barrière qui scelait le temps et l'espace du film. La caméra devient alors mobile, on ne filme plus de façon frontal et l'on prend pleinement conscience de l'espace où évolue les personnages, c'est ainsi que nait le champ/contrechamp. Il y eu également le montage symbolique chez Eisenstein où le film prend son sens à partir du montage, un dialogue ou un message métaphorique à travers le montage. Etc. jusqu'à la complexité de construction de nos films actuels et cette fois ci, avec un élément supplémentaire et essentiel, le son.

La grêve de Eisenstein. Ici, exemple de montage symbolique, image de mort, un boeuf se fait egorger lors de la révolte finale.

Vous l'avez compris, ce qui m'interesse ici, c'est le montage, le moyen d'unification de l'image, du son, d'un sens qui prend part à la narration, elle même ammené sur ce même terrain du montage. Sans lui, grossomodo, il n'y a plus de film. Quelques réalisateurs sont passés outre le montage en filmant tout en un plan séquence. Seulement, cela nécessite la virtuosité d'un réalisateur qui puissse suivre la scène et des moyens techniques importants ou une réserve dans le choix du décor, nécessairement fixe et accessible comme ce fut le cas pour le film « La corde » de Hitchcock, filmé tout en un plan séquence. (En fait celui ci contient plusieurs plans à la transition masqué par un jeu de caméra passant dans une zone sombre, là où le plan peut être coupé sans que le spectateur s'en appercoive à condition de redémarrer le plans suivant sur une même zone d'ombre. Cela souligne surtout l'importance et la nécessité d'avoir recourt au montage).

L'unique décor du film "La corde" de Alfred Hitchcock qui a nécessité des complications de tournage du à l'usage du plan séquence

Le montage c'est aussi une certaine prise de conscience du temps dans le film. Ce temps existe dans le plan, entre le plan et dans le film tout entier. Lorsque vous allez voir un film au cinéma et que vous ressortez de la salle une heure et demi plus tard, la nuit est tombé, vous ne savez plus quelle heure il est car vous avez pendant une heure et demi vécu dans le temps du film, c'est à dire peut être une journée entière, deux semaines, trois ans, quatre siècles, vous avez voyagez dans le film, transporté par le principe elliptique du montage. Alors cela differt en fonction du film, parfois vous vous sentez spectateur humain, proche des personnages et de leur souffrance où leur mesure dans le film emprunte aussi au temps et à sa lenteur. Parfois dans le cas du film à grand spectacle vous devenez extra humain, parcourant le temps et les lieux à diverses vitesses, une fois à proximité du personnage (action) et une autre fois la tête dans les nuages survolant avec émotion le théatre des événements à venir. Le montage justifie ici le parti pris du réalisateur, le rythme ne sera pas le même entre « Le seigneur des anneaux » et une histoire d'amour qui insiste sur la relation charnelle de deux individus. Dans le premier cas, la grandiloquence générale du film vaut aussi pour le temps du film, le spectateur doit vivre « à fond » ce moment de spectacle, tandisque dans le second cas on serait plus dans un principe d'accompagnement des corps, où le temps, plus proche de la réalité n'en reste pas moins le temps du film au service d'une émotion quelconque, mais forte.


La construction du temps d'un film à pour base la construction narrative prélalable, propre au scénario, l'avant goût littéraire -un travail d'écriture d'ailleurs plutôt que de parler de travail littéraire, en aucun cas le scénario doit être construit comme un roman, cela n'a pas de sens-. C'est là que l'on décidera du nombre de séquences, sur quelle période s'étendera la durée de l'histoire et justement la proximité à établir entre le spectateur et le film. Tout tient dans cette approche du temps, réellement. Un spectateur suivant au pas un personnage -sans parler de la signification propre d'un plan- s'identifiera mieux ou du moins se sentira plus proche de celui ci que d'un Aragorn où la distance protagoniste/spectateur est totale dans le sens où il n'y alors pas accès à l'intimité. Et pour y avoir accès il faur gérer le temps en fonction, permettre au spectateur d'être à l'écoute, attentif, sensible et le rendre pourquoi pas mimétique.

La célèbre scène de la douche dans "Psychose" de Alfred Hitchcock. L'art de suggérer et d'induire sans montrer, par l'intermédiaire d'une succession de plans judicieux et pudiques. Cette scène a peut être mal vieillie, elle n'en reste pas moins forte et efficace, notamment grâce à la célèbre musique: "Oink! Oink!"


On peut aborder le temps de façon globale comme précédemment mais il y a aussi le temps dans ce qu'il a de plus proche et direct avec le spectateur. Celui qui se situe dans le plan même et qui prend son sens lorsqu'il est associé à un autre temps, invisible celui ci, et qui se trouve entre le plan. La base du montage tient de là. L'exemple le plus simple que j'ai pu trouver est celui du champ/ contrechamp. Dans cette méthode, l'importance du temps en plus de l'espace est primordiale et pour le comprende il faut recréer ou humaniser le parcours espace/temps (invisible) de la caméra entre les plans. Imaginez vous lors d'une scène de dialogue entre deux personnes prendre la place de la caméra. Vous anticipez toutes les répliques et vous vous obligez à adopter avec votre corps et votre regard la position du champ/contrechamp. Votre corps parcourt une diagonale qui passe entre les personnages mais surtout, votre regard s'en détache, vous devez vous retournez et faire face au second personnage et ansi de suite. Car votre regard c'est la camera qui le materialise qui vous le créez, d'où ce sentiment curieux d'abandon du spectateur lorsqu'il visionne un filme, il se laisse guidé mais fait néanmoins le parcours, invisible certes, impalpable, inconscient mais qui existe à l'écran dans une fraction infinement petite de seconde. Ce temps invisible qui vous fait parcourir plus de chemin que tous les acteurs du film réunis est aussi important dans la mise en place des émotions, aussi bien dans le plan que dans la scène. Pour faire extrêmement simple, un film succédant les plans à toute allure, au service d'une action au rythme effrené vous fatiguera au même titre que les personnages, mais cela ne tient pas du possible clignotements d'images mais du temps considérable, en fonction de l'espace, qui se déroulera entre les plans, c'est cela qui vous épuisera ou qui vous captivera et rien d'autre. Tout comme une scène (possiblement contemplative) proche de l'émotion ou du sentiment intérieur d'un personnage ne peut être obtenu qu'à partir de plans qui eux mêmes sont chargés de cette émotion, car ici, c'est de votre attention que le réalisateur aura besoin et la proximité avec les personnages ne peut être obtenu dans la furtivité d'un plan, il faut du calme et être au calme pour être à l'écoute.

Le visage de Catherine Deneuve marquée par la folie dans "Répulsion" de Roman Polanski.

 

Fabiuslegitimus

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Jeudi 3 août 2006
 

Fragments de notes SOUVENIR, REVE ET MYTHE


- Rechercher une image réaliste qu'est ce? Comment transmettre un sentiment de réalisme à travers les images et au delà du réalisme optique que l'image seule implique? (cf: scènes de rêve du Miroir de Tarkovski)


- Le souvenir et le rêve impliquent des types d'images hautement exploitables, ils ne répondent à aucun cliché et ne doivent leur existence que dans l'expérience individuel. Leur conception selon un schéma mécanique n'est pas concevable et c'est ce qui en fait tout leur intérêt à être rééexploité dans l'image cinématographique.


- Le but n'est pas de répéter diverses expériences surréalistes puisque cette fois, la méthode est tout autre et paradoxalement se situe à l'opposé de ce que pourrait être la fabrication d'un rêve ou le devenir d'une image-souvenir. C'est à dire que les images du rêve et du souvenir se situeront comme base essetnielle à la construction d'images cinématographiques, cette fois ci pensées et paramétrées dans le langage cinématographique. Qu'il s'agisse d'une conscience de l'image dans l'instant de la prise de vue ou de toute reflexion préalable à la mise en scène, l'objectif est le même, créer du langage cinématographique à l'aide de types d'images riches et autonomes.


- Cela implique une valeur individuelle, essentielle à l'image puisque les images sont issues d'une expérience personnelle. Elles n'en restent ceci dit pas moins fortes qu'elles ont la capacité de parler à chacun. (Je reviendrai sur ce point).


- J'ai ensuite pensé que cette valeur individuelle qui ne doit pas être confondue avec de l'autobiographie pouvait être mise en relation avec des types d'images différents voir sur certains points opposés. (ce qui réfère à une connaissance, un savoir commun). Le mythe peut en être un exemple. Il répend des images que tout un groupe peut apprécier en tant que tel et même si le mythe est issu d'un seul individu, ce qu'il renferme est identique pour chaque oeil et ce qui en lui pourrait être mystérieux serait le même genre de mystère pour chacun. Ceci dit, le mythe a aussi les capacités de fournir tout un lot d'images extraordinaires mais sur un terrain différent de celui du rêve et du souvenir puisque l'interêt des uns vient de leur caractère unique ou d'exception tandisque l'intérêt de l'autre repose sur le caractère immédiatement identifiable de ce qu'il véhicule, des images communes riches en symbole (et ce, qu'il s'agisse des mythes grecques ou modernes).


- Dans les images issues du rêve et du souvenir aucune place, absolument aucune, n'est laissé à la symbolique, elles doivent se suffirent par elles mêmes.


- L'invocation d'un certain réalisme est exigé au profit d'une émotion. La logique serait qu'elle soit doublement plus forte si elle est issue d'une image non fabriquée à la base.


- Par opposition ou par contraste, la base narrative s'il y en a une peut se servir du mythe. (Cette idée à ses limites, la reprise du mythe et ce qu'il impliquera parlera sans doute à chacun mais il n'est pas certain que l'image (issue du rêve) échappe à la symbolique que ce dernier implique).


- En route vers une utopie cinématographique:


- Peut on concevoir le film reposant sur une base mythique avec la volonté de faire du spectacle et des images realistes au profit d'une émotion forte? Le tout viserait un langage cinématographique cohérent, lisible et évitant les codes préétablis du réçit tout en se servant de ce qui parle à chacun et donne le plaisir du spectacle.


- Rejeter toute structure narrative littéraire


- Cette reflexion qui ammenerait le spectateur à lire chaque fois différemment un film a pour but de créer un langage cinématographique autonome où la pensée PAR l'image aurait pour but de chasser un certain type de conventions (celles qui imposent le type d'image à mettre à l'écran). Il ne s'agirait alors plus de conventions mais de méthodes guidant des images à devenir autonomes et à s'exprimer à travers l'âme du cinéaste de la meilleure manière qu'elles le peuvent mais sans répondre aux clichés symboliques de ce qu'elles pourraient induire.


- Pour base, le cinéma de Tarkovski, Bela Tarr et Bresson sont une voie toute tracée. Ainsi que le cinéma experimental dont je repréciserai plus tard l'importance de Maya Deren, une fois mes recherches terminées.


Je définirai petit à petit ce que j'appellerai une méthode dans laquelle je préciderai le rôle de la littéraure et de la musique comme arts à part entière et qui ne doivent en aucun cas participer à la création d'un cinéma comme art « composite ».

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Mardi 22 août 2006

Contre la camera numerique

 

La question  rejoint une question précédemment ébauchée dans "les fragments" (voir articles précédents), c'est à dire comment obtenir une image réaliste? J'entends par réalisme, proche des sentiments du réel et de la vie.

L'image cinématographique a pour but de réfleter la vie et toute la dimension humaine au travers d'une image construite, pensée et conduite vers une autonomie et un sentiment d'unicité ou de privilège.

La nature dispose d'éléments tous différents des uns des autres, aucune plante, aucun arbre, aucun homme n'est identique et c'est aussi cela que le cinéma a pour but de révéler dans sa complexité. Chardin voyait trois infinis; l'inifiniment petit, l'inifiniment grand et l'infiniment complexe, c'est à dire la vie. L'art doit être le reflet de cette complexité et de cette diversité, le cinéma n'y échappant pas doit se libérer des carquants qu'on lui impose afin qu'il puisse s'exprimer pleinement.


L'art cinématographique propose des types d'images personnels, répondant à une méthode qui serait celle du cinéaste et répondant à ses exigences. C'est ce que je m'efforce de faire avec ma logique dans laquelle se retrouvent les notions de souvenir, de rêve et de mythe. Ceci afin d'approcher au plus près ce qui pour moi définit une image de vie, toujours changeante, jamais prévisible et terriblement complexe. La vie l'est d'autant plus qu'elle est à la fois sujet et ce qui permet l'acte créateur. Elle nous rammène à notre conscience d'être (en tant qu'homme) ainsi qu'à notre responsabilité. C'est en la comprenant et en la percevant au mieux que la fabrication d'une telle image devient alors possible. Sa construction ne devient alors plus gratuite mais agit au nom d'une conscience morale et d'une nécessité humaine de comprendre la vie en la reformulant à travers l'art.


D'un point de vue personnel je me poserai la question de l'apport et de l'intérêt du numérique dans le cadre d'un apprentissage comme le mien.

Il a en effet l'avantage et le défaut de proposer la fabrication d'images avec une limite de stockage quasiment nulle. Dans le cadre de l'amateurisme, il peut être plaisant de pouvoir tout filmer, tout photographier des lieux que l'on visite et des personnes que l'on rencontre malgré la violence de l'acte, d'arracher littéralement des images de notre environnement pour les visionner tout de suite après. Ainsi, le plus dépendant de ceux là ne vivra ces moments que par intermittence et en segmentant son propre temps de vie. Il pourra être heureux de voir des clichés qui n'auront que pour seule valeur une esthétique conforme à ses attentes.

Pour ce qui est de la camera numérique c'est un peu différent, elle poursuit ce qui avait été établi avec l'usage de la vidéo. La différence importante provient de la capacité de traitement de l'image et de l'importance du stockage évidemment accru ainsi qu'une qualité de définition de l'image supérieur. La mise en avant des possibles effets du numérique ont pour conséquence de toujours éloigner l'acte de filmer avec le sujet réel, d'une importance capitale. Ceci est vrai dans une pratique et une démarche hasardeuse, amateuriste ou familiale où l'intérêt est uniquement le jeu.


On m'a donné comme soluton de réutiliser toutes ces images qui meublent notre environnement, qu'il s'agisse de la rue, de la télé ou de l'internet. Le prétexte serait qu'il y a tant d'images déjà fabriquées que l'on aurait déjà une matière toute faite prête à l'emploi et réutilisable. Seulement, l'image qui m'interesse, celle qui a le pouvoir de faire véhiculer une perception unique se construit, se réfléchit et se fabrique afin qu'elle est du sens et qu'à travers la forme cinématographique elle puisse transmettre une forme autonome de vie. Il ya un grand danger à réutiliser les images selon ce qu'elles représentent et signifient et ce surtout pour ce qui concerne l'Histoire (images d'archives). L'image est en effet malléable, on lui donne le sens que l'on désire et la réalité qu'elle désigne peut être totalement bafoué pour dans le pire des cas être ensuite acceptée comme vraie.

Dans une démarche esthétique comme la mienne, je ne peux me satisfaire des images que me propose le monde de l'audiovisuel, celles ci ne répondent qu'à la seule méthode de fabrication qu'impose le spectacle et les enjeux économiques sur lesquels elles reposent. Quand à l'image d'archive, témoin de notre Histoire, je ne les utiliserai que dans leur seul sens originel sans aucun détournements possibles, ce que je considèrerai alors comme un crime allant contre notre devoir de mémoire.


Quand à la camera numerique, la possibilité qu'elle vous offre de faire des images à volonté vous prive du caractère précaire de n'avoir par exemple qu'une seule bobine de film pour tourner une scène. La rigueur dans l'apprentissage se voit complètement noyé dans le possible du recommencement au détriment de la perception précédant et comprenant l'acte de filmer, d'où la légitimisation d'une certaine précarité dans les moyens à employer. Et plutôt que de parler de précarité j'emploirai le mot rudimentaire car même si la plus simple des cameras numerique reste une camera, la nouvelle dimension virtuelle qu'elle implique la rend plus complexe et fait se poser la question de la validité même de l'image numérique. Edward Bond dit à ce propos: « Pour être totale, l'image doit être rudimentaire. Il y a dans la danse, la chanson, l'histoire racontée, quelquechose de caché. C'est sa nature rudimentaire qui rend visible ce qui est caché. Et qu'est ce donc là? L'humanité du créateur. L'humain est toujours rudimentaire. » poursuivant sur: « La machine est parfaite. La machine abolit ce qui est rudimentaire ». La camera étant une machine je ne doute pas de ses capacités à introduire l'humain dans le cinéma. Seulement je pourrais dire que le numérique repousse les limites technologiques en introduisant une nouvelle dimension virtuelle. La pellicule s'imprime grâce à l'action physique de la lumière. Elle va bruler la pellicule pour faire apparaître l'image au même titre que le peintre qui va écraser de la peinture avec son outil. La camera numerique agit comme un scanner, elle numérise la réalité et enregistre la lumière en une source intelligible issue de son propre langage pour la recomposer ensuite telle qu'elle a pu être filmée.

La main est certes toujours impérialement présente dans l'acte créateur mais ceci est le propre de la camera et le numerique s'y est seulement substitué.

La caméra numérique a pour particularité de faire sortir l'image du réel pour la reconstruire ensuite et c'est en cela qu'elle abolit le rudimentaire.


La raison de mon rejet du numérique est autant éthique qu'esthétique. Elle est justifiée, tout d'abord, par rapport au travail sur lequel je me suis engagé qui est de rendre compte d'une image réaliste. En cela je ne peux me satisfaire d'une image qui a pour base même la fuite du réel par une transformation virtuelle de la lumière et de ses informations. Ensuite, la raison est simple, la froideur, la caractère éternellement invariable (du à cette technologie) et l'aspect non rudimentaire du mécanisme numérique ne contentent pas mes exigences en terme d'image.

Par fabiuslegitimus
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